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Le Blog Choba Choba

Mon nom est Jorge Yoplas Tuanama…

Publié dans : Alto Huayabamba,Producteurs
Écrit par Choba Choba
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… mais tous mes amis m’appellent « Yoplac ». Né à Bellavista dans la région de San Martin au Pérou, je suis le quatrième fils d’une famille de sept enfants. Suite au décès de ma mère quand j’avais 11 ans,  c’est notre sœur qui nous a élevés, chez elle à Iquitos. Notre père lui, avait déjà quitté la maison depuis longtemps…

De la culture de coca à celle du cacao !

J’ai eu la chance d’aller à l’école primaire puis j’ai déménagé à San Martin pour y suivre les classes secondaires. Décidé à poursuivre mes études j’ai pu m’inscrire à l’université d’agronomie… mais cela n’a duré que quelques mois car je n’avais pas les finances nécessaires pour assumer les frais de scolarité.

En 1984 j’ai pris la décision de m’installer dans la vallée de l’Alto Huayabamba, attiré par la culture de la coca, bien que la région fût à l’époque sous la coupe des narcotrafiquants et du terrorisme. Cette époque chaotique a été marquée par de nombreuses pertes humaines, mais cela ne dura qu’un temps. La lutte antiterroriste fut menée par le gouvernement et la DEA de son côté procédait à des pulvérisations aériennes afin d’éradiquer les cultures de coca, causant inévitablement des dégâts importants sur les cultures vivrières, plongeant la population locale dans une pauvreté extrême. C’est à cette époque que j’ai rencontré ma femme Juana avec qui j’ai trois enfants qui ont eux aussi connu cette époque de violence et d’insécurité. Nous sommes passés de communauté en communauté dans la vallée, avant de prendre la décision de nous installer à Pucallpillo où la culture de la banane plantain constituait notre principale source de revenus. Alors déjà nous pratiquions le choba choba en nous entraidant dans les travaux agricoles.

En 1998 le ministère de l’agriculture, en collaboration avec l’USAID, entama une vaste campagne de promotion de la culture du cacao et plusieurs collectifs de producteurs furent ainsi créés. Cependant bon nombre d’agriculteurs restaient hésitant à investir dans cette nouvelle culture puisqu’il fallait attendre 3 ans avant d’en percevoir les premiers fruits. Il semblait bien plus malin économiquement de revenir à la coca… C’est l’année suivante, en 1999 que l’USAID décida d’introduire dans la région différentes variétés de cacao améliorées, certaines déjà présentes sur le territoire péruvien, par exemple en provenance de Tingo Maria et d’autres importées de l’étranger, notamment d’Equateur. L’idée était de greffer ces variétés sur les cacaoyers déjà présents dans la région afin d’en augmenter les rendements.

Un cacao d’exception, fruit de plusieurs années de recherche

De mon côté je ne pouvais me résoudre à utiliser ces cacaos étrangers. J’avais par ailleurs entendu dire qu’en Equateur même, ces nouvelles variétés ne faisaient pas l’unanimité. Quitte à devoir attendre 3 ans, j’ai décidé de planter un hectare de cacao en suivant mes propres convictions : j’ai donc cherché des variétés de cacao locales et tenté de les reproduire dans ma petite pépinière. Ce fût le début de mes recherches. Les premiers temps ce fût un désastre car mes tentatives ne donnaient que des résultats décevants… mais j’ai persévéré !

Voir l’interview vidéo de Jorge :

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Je me suis mis en quête de nouveaux cacaos sauvages dans les montagnes aux alentours et j’ai commencé à les mettre en culture. Après trois années, mes efforts ont finalement payé et ma parcelle produisait enfin un cacao aux caractéristiques organoleptiques très intéressantes. J’ai dénommé cette  variété « Colección Yoplac Pucallpillo – 1999 » en rapport à l’année où j’ai débuté mes investigations. Ce travail m’a coûté quelques années de dur labeur. Les producteurs qui avaient suivi les conseils des agronomes étrangers récoltaient déjà des volumes de cacaos importants quand de mon côté je poursuivais mes recherches sous le regard dubitatif de mon épouse.

Mais nous ne regrettons rien : grâce à mon cacao nous avons pu envoyer nos enfants à l’université. Cette même université que j’avais dû quitter à regret faute de moyens financiers… Le « CYP 99 », ma propre variété de cacao, possède un profil aromatique de grande qualité qui fût déjà analysée par plusieurs experts. Je possède désormais 5 hectares de cette variété unique que je partage volontiers avec les communautés voisines de l’Alto Huayabamba qui commencent elles-aussi à la cultiver sur leurs terrains. Je suis désormais un membre de Choba Choba. Je me sens particulièrement fier d’être propriétaire de mon entreprise et de faire partie de cette Révolution du Chocolat. Cela me donne une raison supplémentaire de poursuivre mes recherches afin de proposer aux amateurs de vrai chocolat des cacaos d’une qualité inégalée.